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Lorraine: alerte frelon asiatique

Alerte au frelon asiatique dans l'Est de la France

par Aphysio

8/09/2011

 

 

Alerte au frelon asiatique dans l'Est de la France

 

DÉJÀ EN PLEINE DÉCONFITURE pour cause de pesticides, de monoculture intensive, de virus, d’artificialisation du territoire et de changement climatique, le petit peuple des abeilles n’avait pas besoin d’une nouvelle et cruelle menace avec l’irruption d’un envahisseur implacable.

Le client est d’origine chinoise. Il a débarqué en 2005 dans le Lot-et-Garonne, par le truchement d’une reine en hibernation dans le fond d’une poterie importée de Shanghai. Réveil prolifique ! Car depuis son arrivée, Vespa velutina a colonisé la France à la vitesse d’un bolide : 39 départements sont aujourd’hui touchés et rien ne semble en mesure d’endiguer une expansion printanière et estivale qui avale une centaine de km par an. Outre l’Aquitaine, le centre et le Midi-Pyrénées, le frelon asiatique a pointé son dard l’été dernier en Bourgogne.

Il est désormais aux portes de la Lorraine et de la Franche-Comté où ses 50 mm de long et son abdomen noir parachevé de jaune orangé épouvantent déjà les apiculteurs. Car contrairement à son cousin endogène, Vespa crabro, le prédateur exotique voue une prédilection pour les butineuses domestiques qu’il intercepte lorsqu’elles rentrent du boulot en se positionnant à plusieurs en vol stationnaire devant la ruche. Une technique de raid collectif très efficace. Une fois capturée, l’abeille est lardée puis dévorée tout cru.

Deux victimes humaines

Mais la bestiole ne fait pas que parler d’elle pour ses tableaux de chasse de pollinisatrices. Elle a déjà tué deux personnes en Gironde et en Dordogne. Les victimes étaient certes allergiques au venin d’hyménoptères, mais ce double drame a suffi pour fortement médiatiser la sinistre réputation de ce gros insecte.

« Maintenant que ce frelon est bien installé dans le pays, il est impossible de l’éradiquer », observe Henri Clément, président de l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF). « Pour freiner sa prolifération, le mieux est de s’attaquer aux nids souvent situés dans les arbres ou de poser des pièges près des ruches ». Le dispositif est constitué d’une bouteille d’eau minérale coupée au tiers supérieur et renversée pour former un entonnoir. En guise d’appât, on y place un cocktail de bière brune mélangée à du vin blanc et aromatisée au sirop de cassis ou de framboise.

Quant à la destruction des nids, gare aux piqûres, car le frelon asiatique est très agressif dès qu’on menace son logis. « Huit à douze piqûres peuvent provoquer un empoisonnement sérieux qui nécessite une hospitalisation », ajoute l’UNAF qui s’inquiète de la lenteur des pouvoirs publics pour organiser la riposte. « En Gironde, 30 % des ruches ont déjà été détruites », poursuit Henri Clément, « le danger est bien réel. L’État doit aider la recherche à trouver une parade plus efficace ».

Les scientifiques de l’INRA et du CNRS tentent actuellement de mettre au point une phéromone, autrement dit une substance d’attraction sexuelle, pour éviter le développement des reines fondatrices de colonies. Mais en matière de lutte biologique, ils pourraient aussi s’inspirer du système de défense inventé par les abeilles chinoises : elles se regroupent en essaim compact devant leur ruche puis entourent l’intrus en battant vigoureusement leurs ailes afin de produire de la chaleur. Le tueur ne résiste pas à cet art du kung-fu façon hyménoptère…

Patrice COSTA

(Source: L'est républicain)